Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 00:41

 

 

LA  POESIE  TUNISIENNE  D'EXPRESSION  FRANCAISE   ( 3 )  ( suite et fin )

 

 

 

   1956 va marquer une mutation en Tunisie sur le double plan

politique et litteraire.

    Le 20 mars de cette année, le pays accédait à l'indépendance

totale après soixante-quinze ans de colonisation durant lesquels le

peuple tunisien a su, grâce à un attachement inoui aux valeurs arabo-

islamiques, resister aux tentatives de l’occupant de l’assimiler, soit par le

truchement de l’instruction publique, soit par une campagne

d’evangélisation dont l’illustration la plus manifeste fut le Congrès

Eucharistique tenu à Carthage en 1930 pour reactiver le missionariat

dans le pays.

    La jeune poésie tunisienne  francophone ne pouvait rester insensible à la

mutation d’après l'indépendance. Une nouvelle génération de poètes va

naître, encouragée par toutes sortes de revues. ll faudrait souligner, ici.

le rôle joué par les périodiques dans l’éclosion de ces talents. Nous

citerons, en premier lieu, Faiza  ( 1 ), la deuxième revue féminine tunisienne

après Leïla et qui consacrait une rubrique  Jeunesse maghrébine  aux

essais de ieunes parmi lesquels Nacef Nakbi, le futur auteur de Au sortir

de l'enfance , Ridha Zili, All Smaoui, Abdeljélil l\/lessaoudi ou Taïeb

Ibrahim.

    ll faut mentionner également Jeunesse Magazine et Dialogue qui

ont ouvert leurs colonnes à l\/loncef Ghachem, Mohamed Zarrouk et

d’autres.

    Ce pref historique prouve une fois de plus l'incontestable présence

dans le monde des Lettres de la poésie tunisienne d‘expression

française. Cela, en dépit du scepticisme de certains comme Taoufik

Baccar  ( 2 )  ou Albert Memmi (3 ). 

 

                                             ****************************************************                                        

 

1 Faiza la revue féminine tunisienne (de 1959 à 1969)

2  Sur l'attitude de cet universitaire tunisien, lire le compte rendu de la table ronde  bilinguisme,

diglossie in Revue Alif n°1 décembre 1971 pp. 13-14.

3  Voir à ce propos Portrait du colonisé Paris Edit. J.J. Pauvert 1966 p.148

 

 

Mohamed  NOURI

 

 

Par Mohamed NOURI - Communauté : ECRIVAINS FRANCOPHONES
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 17:54

 

 

LA  POESIE  TUNISIENNE  D'EXPRESSION  FRANCAISE   ( 2 )

 

 

 

    Après cette date, la production poétique francophone va se

poursuivre dans les périodiques tels que la revue Leila (décembre

1936 / août194O) de Mahmoud Zarrouk, U49 ( novembre 1949 / février

1951 )de Robert Hue ou Hikma (janvier1948 / août1949) de

Slaheddine Tlatli.

   De nouvelles sensibilites sont alors révélées :Abdelmajid Chabbi,

Abdelkader Klibi, Khaled Farhat,  Naceur Klibi, Jalel Ben Abdallah,

Mustapha Filali, Mohamed Souissi et bien d’autres.

   L’année1949 sera capitale puisqu’elle verra la publication de Night,

ensemble de 19 poèmes composés par le jeune instituteur Mohamed

Ferid Ghazi. Ce recueil est le troisième dans l’histoire de la poésie

tunisienne de langue française.

   Dès lors, la production va se faire assez regulière. ll y aura en

1950, Les heures brèves de Noureddine El Abassi et Les perles

illusoires d’Abdelwahab Bouhadiba ; en1952,  Sur les Cendres de

Carthage de Abdelmaiid Tlatli et en1954, Feux mélés de Chedly Ben

Abdallah.

   Six ouvrages de poésie ont donc été édités en soixante-quinze

ans,  de 1881 à 1956. Production bien maigre si on la compare au 

volume des poèmes qui seront publiés après l'indépendance. Les 

raisons de cette disproportion ?

   En Tunisie, contrairement à ce qui s’est produit en Algérie, le

régime du Protectorat a laisseé aux Tunisiens une relative liberté de

développer un enseignement arabophone parallèle à l’enseignement

laïque français. C’est grâce à la pratique continue de l‘arabe sous

l’impulsion de La Zitouna que la Tunisie a pu garder étroit le contact

avec la culture arabe et à travers elle avec la sensibilité orientale, pour

s’en imprégner. L’autre raison serait, comme l’avance le Père

Demeerseman, que le Tunisien choisit toujours de s’exprimer en 

arabe à chaque fois qu`il veut décrire sa vie intérieure ; par atavisme,

peut-etre  ( 1 ) .

   Pour notre part, nous supposons que cette carence est due à un

refus inconscient chez les poètes tunisiens de laisser la langue du 

colon supplanter l’arabe, gardien de l’identité.

   Ce reflexe de défense faiblira après 1956 quand on assistera à un

foisonnement de recueils et de plaquettes , jamais enregistré jusque 

là. Car une fois l'indépendance politique acquise, le Tunisien ne 

nourrit plus cette crainte d’être assimilé qui inhibait son inspiration. ll 

Il n'a plus par conséquent, à se retrancher derrière l‘arabe pour 

sauvegarder son identité arabo-islamique. Nous pouvons dire que la 

libération politique a entraîné une tolérance vis-à-vis du français,

l’écrivain ne craignant plus de perdre son arabité.

 

Mohamed  NOURI

                                                   ( A suivre )

                                    ***********************************************

 

1 in La vocation culturelle de la Tunisie .Tunis IBLA 1953.


Par Mohamed NOURI
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 00:14

 

 

LA  POESIE  TUNISIENNE  D'EXPRESSION  FRANCAISE

 

 

 

   La poésie tunisienne d'expression française n'est pas une création

ex nihi/o. Ses origines remontent aux quinze premières années de

l'établissement du Protectorat français par le traité du Bardo, le 12 mai

1881.

   De jeunes Tunisiens, nourris au lycée d'auteurs français, ont, dès

1894, cherché à s`exprimer dans la langue de l'occupant. Ma Tunisie,

poème publié dans la Revue d'Afrique (1) a révélé, par exemple, cette

année-là, Mustapha Kourda. D'autres écrits en vers ou en prose signés

Mohamed Belkhodja, Ahmed Chargui ou Mohamed Sellami seront

publiés par La Revue tunisienne de l'lnstitut de Carthage, alors dirigée

par Ferdinand Huard, Anthony Grégoire et Jules Affoux, trio plus connu

sous le nom de BULBUL  (2).

   A partir de 1919, c e seront Salah Farhat et M`hamed Abbas qui

composeront des poèmes pour la Revue Soleil. Des noms comme

Mohamed Noômane, Tahar Essafi, Mohamed Aslan et Mohamed

Abdelaziz Khallel seront connus au lendemain de la Première Guerre

Mondiale (3). Le premier est l`auteur de Derrière le rideau , piece de

théâtre datée de 1923, le second nous laisse un roman écrit en

collaboration avec Jean Renaud, La sorcière d'émeraude et une étude

sur la femme musulmane La Marocaine (1935)  (4).

   Ces premiers essais, fruit d'un contact devenu alors quotidien entre

deux cultures, ne seront couronnés qu'en 1931 par l'édition d'une œuvre

poétique accomplie-la première du genre depuis 1881-signée Salah El

Ettri5. C'est un recueil de 50 poèmes en vers où les thèmes

philosophiques conventionnels se mêlent au lyrisme délicat d'une âme

inquiète devant l`amour et devant la mort.

La même année verra la sortie en librairie de Sur la c/aie des

mirages , poème en prose de Chédly Khairallah.

 

            **********************************************************

 

1 Il s'agit ici du numéro daté du 24 septembre 1894

2 Sur la genèse de la presse litteraire en Tunisie,on consultera avec profit la monographie d`Albert Canal: la

littérature et la presse tunisiennes de l'occupation à l900.Paris,Renaissance du livre 1924 390p.Préface de Louis

Bertrand.

3 Voir Aimée Dupuy La Tunisie dans les Lettres d'expressio›1française. Paris. Editions universitaires 1956. 156

p.Bibliog.

4 Sur Tahar Essañ, voir Roland Lebel Le Maroc Paris. Editions universitaires. Sd.

5 Salah El Ettri Chants de l'Aurore Tunis Imprimerie tunisienne 1931

 

( A  suivre )

 

Mohamed  NOURI


 

 

Par Mohamed NOURI - Communauté : ECRIVAINS FRANCOPHONES
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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 23:39

 

ECRIT AU BURIN SUR LE VISAGE D’UNE VIEILLE

 

Femme déshéritée,

Femme si maltraitée,

 Tu n’as pour tout bien

Que tes pleurs et tes riens,

Que tes complaintes tues,

Et que tes larmes bues…

 

Ta vie n’est qu’amertume,

Ployant sous les coutumes,

Ta jeunesse fut sénescence,

Et ta vieillesse est déchéance !

Le fer rouge des frustrations

A marqué tes aspirations.

 

Que j’ai honte de moi

Quand je mange à ma faim

Et que tu restes en proie

A tes manques sans fin !

 

Depuis cinq générations

L’abjecte résignation

Tient sous son terrible joug

Tes rêves audacieux mais doux !

 

Tu as toujours raison de haïr

Ceux qui ont bâillonné tes désirs,

Ceux  qui t’ont vendue à l’ignorance,

Ceux qui t’ont abreuvée de souffrances !

 

Lorsque je t’aperçois déguenillée,

Tremblant du froid de ta vie gaspillée,

Je rougis de mon bien-être insolent,

Je maudis tous mes plaisirs indolents !

 

Mohamed  NOURI    2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Mohamed NOURI - Publié dans : hommage - Communauté : POETES FRANCOPHONES
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Samedi 30 juillet 2011 6 30 /07 /Juil /2011 03:23

 

 LAISSEES-POUR-COMPTE

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Femmes sans statut, pauvres et illettrées,

Traînant le boulet des rêves châtrés  ,

J’écris ces mots, chères laissées-pour-compte,

Pour vous soulager du faix  de la   honte.

 

 

N’ayez nulle honte mais dressez-vous

Contre vos persécuteurs, contre tous

Ceux qui vous ont ravi votre soleil,

 Ceux qui vous ont condamnées au sommeil.

 

Vous êtes grandes dans votre courage

Et dignes lorsque vous êtes à l’ouvrage !

Crochet, broderie, couture ou dentelle,

Tout vous rend plus nobles et vous rend plus belles !

 

Que d’injustices vous ont entravées,

Que d’humiliations vous avez  bravées !

Quel injuste sort fait de vous des naines

Alors qu’il pare du sceptre des reines

D’autres mains si douces aux doigts effilés

Que n’ont abimées ni sel ni gelée !

 

Levez-vous et lavez-vous du mépris

Dont l’obscurantisme vous avilit.

Vous,  les illettrées, vous êtes savantes

Là où des lettrées sont si ignorantes !

 

Affirmez-vous, imposez votre voix,

Affirmez-vous et défendez vos droits

A l’amour, au désir et au plaisir ;

Aimez à tout âge et bravez  les rires !

 

©   Mohamed  NOURI     

 

Par Mohamed NOURI - Publié dans : hommage - Communauté : POETES FRANCOPHONES
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